Les effets de la malnutrition foetale


 

 

     Portrait de Céline JOUSSE

     Médaille de bronze du CNRS Palmarès 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

Venue à la nutrition un peu par hasard, la jeune étudiante en biologie se passionne rapidement pour « ce processus qui concerne tous les êtres vivants, à toutes les étapes de leur vie, y compris les plus précoces ». Après une thèse soutenue en 2000 à l'université de Clermont sur « la régulation de l'expression des gènes par les acides aminés chez les mammifères », Céline Jousse part au Skirball Institute of Biomolecular Medicine dans le laboratoire de David Ron à New York, pour y étudier les voies de signalisation impliquées dans la réponse au stress cellulaire et en particulier celui du réticulum endoplasmique. Céline apprécie la taille humaine du labo, son ambiance, les moyens qu'il offre... et les charmes de Manhattan mais, reçue au concours CNRS, elle revient en France en 2003, dans l'unité de nutrition humaine de l'INRA. 

 

Elle s’est intéressée au rôle de la nutrition, en particulier aux effets d’une malnutrition protéique pendant la vie fœtale sur la programmation des cellules

 

L'essentiel de son activité concerne l'étude de la régulation de l'expression des gènes lors d'une carence en acides aminés. Ses travaux, menés sous la houlette de Pierre Fafournoux, ont permis de montrer l'importance de ce type de régulation d'un point de vue physiologique et d'identifier les mécanismes moléculaires qui en sont à l'origine. Ces dernières années, Céline s'est intéressée au rôle de la nutrition dans ce processus et en particulier aux effets d'une malnutrition protéique pendant la vie fœtale sur la programmation des cellules. Une thématique décisive en terme de santé publique, étayée aussi bien par des études épidémiologiques chez l'Homme que par l'utilisation de modèles animaux.

 

Ainsi chez l'Homme, il s'avère que les individus nés en période de restriction alimentaire ont tendance à développer plus tard des pathologies comme l'obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires (syndrome métabolique). Comme s'il y avait un décalage entre une programmation fœtale basée sur la pénurie et l'environnement de surabondance que ces enfants ont connu par la suite.

 

Céline vérifie ce mécanisme sur un modèle de souris gestantes sous-nutries. Le but est d'appréhender les mécanismes moléculaires induits par l'imprégnation nutritionnelle de la période périnatale, notamment la régulation de la ‘leptine', et leurs conséquences: en effet, chose étonnante, le phénomène se transmet non seulement aux enfants mais aussi à la génération suivante. Une souris ne subit pas seulement les conséquences de la sous-nutrition de sa mère, mais aussi de sa grand-mère... Selon les diverses combinaisons mises en expérience, les « petits-enfants » des individus dénutris présentent des modifications de poids et de métabolisme qui pourraient entraîner, au cours des générations, l'installation de prédispositions à certaines pathologies. Ce projet financé par l'ANR devrait faire l'objet d'une publication imminente'.

 

Cette « fatalité fœtale » n'altère pas les choix de Céline. Pour cette jeune femme de 37 ans, mère de deux jeunes enfants, très sensibilisée aux problèmes d'environnement, il n'est pas question de se précipiter sur des vitamines, encore moins de se surmédicaliser, mais plutôt « d'envisager la consommation au sens large pour préparer, avec et pour ses enfants, un monde vivable ».

 

1 Hormone de satiété, qui joue un rôle majeur dans le contrôle du poidscorporel et de la dépense énergétique.

² Epi-Diabesity, avec Ralf Jockeys (Inserm, Institut Cochin). Jacques Mollet (CNRS, La Pitié Satpétrière) et Philippe Froguel (Institut Pasteur de Lille).

 

Source : article extrait du CNRS 2009 

 

 

Réflexions

 

Les travaux de Céline JOUSSE, chercheuse de talent, me font penser à l’adaptation fœtale, en général,  à son environnement.

Les seules sensations que le fœtus perçoit sont celles véhiculées par le sang maternel placentaire, et par le contact avec le liquide amniotique.

Un déséquilibre nutritionnel maternel peut avoir de nombreuses conséquences dans le développement harmonieux,  le poids,  ou la durée de gestation fœtale.

 

Dans le cadre d’une restriction alimentaire de la mère : finalement tout se passe comme si le bébé se prenait pour un manchot empereur qui allait naitre dans un monde hostile où la nourriture est rare.

 

Il aura donc tendance à modifier sa génétique in utéro dans le sens d’une épargne énergétique en orientant sa différenciation vers une fabrication accrue de cellules graisseuses et vers un métabolisme favorisant la fabrication de graisses stockables.

 

Mais quand il va sortir du ventre de sa mère, il va atterrir non pas dans l’antarctique mais dans un supermarché : l’obésité que l’on pourrait qualifier de congénitale est inéluctable !

 

Les nutritionnistes savent depuis longtemps qu’une femme enceinte ne doit pas faire de régime restrictif, mais pour autant, elle ne doit pas avoir une alimentation incontrôlée, compulsive qui aboutirait au même résultat trouble pondéral à la naissance, prématurité avec de surcroit, des conséquences pathologiques pour elle-même , durant et après la grossesse.

 

Article écrit par le Dr Gilles DEMARQUE

le 08 mai 2010

 

 


 


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