Le plaisir sensoriel chez LU FRANCE


 

 

 

 

Le plaisir alimentaire revient sur le devant de la scène. Pour nous expliquer ce retour, nous avons demandé à Jean-Pierre Poulain, sociologue, de nous parler du plaisir, de son histoire, de sa fonction chez l'enfant et l’adulte pour comprendre les bénéfices et les enjeux qui y sont liés. Chez LU, nous accordons bien entendu une place prépondérante au plaisir alimentaire. Ainsi, pour répondre aux exigences gustatives de nos consommateurs, nous avons mis en place depuis 1990, un laboratoire d'analyse sensorielle au sein duquel travaillent des experts formés sur nos différents produits qui veillent aux qualités sensorielles de nos biscuits avec une exigence toute particulière... Et parce que le plaisir a bien au-delà de la dimension sensorielle, et englobe aussi la recherche de sens, chez LU, nous avons décidé aux côtés de nos agriculteurs partenaires de nous engager dans une démarche de production de blé, selon une charte exigeante pour la qualité de nos biscuits et pour la préservation de la biodiversité : la charte LU'Harmony.

 Agnès Mignonac   Responsable communication Nutrition LU France

 


Interview  du Professeur Jean-Pierre POULAIN

Professeur des universités,socio-anthropologue, Université de Toulouse Le Mirail

 

 

Le plaisir alimentaire est aujourd'hui sur le devant de la scène.

 

Est-il opportun de parler de plaisir alimentaire ?

Manger est l'un des grands plaisirs de la vie. Brillat-Savarin disait que « c'était le premier et le dernier lorsque tous les autres avaient disparu ». Le plaisir indique implicitement l'élan de vie. Il est donc légitime d'en parler. De plus, il permet de dédramatiser la relation aux aliments et d'apaiser le climat de méfiance nourri par la tension classique entre santé et hédonisme

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Pouvez-vous nous proposer une définition du plaisir ?

Il n'y a pas une définition unique du plaisir même si le plaisir alimentaire est une notion qui semble faire consensus, à laquelle tout le monde adhère. Elle renvoie pour autant à des réalités très complexes, qui mêlent, comme le dit J.-P. Corbeau, le biologique (la sensation), le culturel, les émotions, l'imaginaire... nous inscrivant dans des histoires particulières, collectives ou plus individualisées. Montaigne définissait le  plaisir comme « la prime accordée par la nature au bon fonctionnement du corps ». Cette vision, qui a traversé notre histoire et qui est dominante aujourd'hui, laisse entendre que le corps est « guidé » par la « sagesse de la nature ». Pour autant, cette vision laisse de côté les autres formes de plaisir qui peuvent être associées à des dysfonctionnements, ce qui est le cas par exemple dans l'anorexie où la personne ressent du plaisir dans l'ascèse à ne pas manger. On voit ainsi qu'il n'y a pas une « figure du plaisir » mais des figures du plaisir.

 

Quelles sont pour vous ces figures ?

J'en retiendrai trois qui se sont constituées au fil du temps et qui structurent l'imaginaire occidental. La première est la figure de l'ascète : dans un premier regard, elle semble nier le plaisir, lui préférant la mortification des corps et la compassion. Le plaisir trouve sa place dans l'« espoir du paradis ». Les plaisirs sont hiérarchisés : certains sont grossiers, immédiats, matériels ; d'autres, plus subtils, fondent l'expérience spirituelle.

La seconde est la figure de la tempérance. Pour Saint Augustin, c'est la mesure juste qui importe. Pour lui, les excès ne sont pas bons mais l'ascèse non plus. Le discours de la nutrition d'aujourd'hui est très largement enraciné dans cette position.

La troisième est la figure hédoniste qui fait du plaisir une expérience positive, une voie privilégiée de l'esthétisation de la présence au monde et aux autres.

Ces figures se retrouvent au travers de modèles que nous croisons tous les jours : la femme qui se réjouit du peu, de se regarder mince, étant à l'opposé de l’homme, qui aime la bonne chère. Tout cela témoigne qu'il n'existe pas un plaisir mais des plaisirs.

 

Quelle place le plaisir peut-il avoir chez l'enfant ?

Comme l'a montré Matty Chiva, le plaisir gustatif participe à la construction identitaire de l'enfant. La socialisation, les initiations nous incluent dans nos groupes de pairs, dans des besoins de renouer avec un paysage, une histoire... L'enfant va adhérer à son groupe d'appartenance, y bâtir ses souvenirs alimentaires qui vont l'accompagner toute sa vie. La table et les repas, y compris le goûter, qui s'y déroulent sont de merveilleuses occasions pour construire son identité. De nombreuses choses s'y jouent : les joies, les peines, les conflits, les enjeux de pouvoir. Tout ceci prépare l'enfant à sa vie d'adulte. Ces rituels sont essentiels pour leur rôle d'apprentissage. Dans ce contexte, le plaisir doit être intégré à l'éducation alimentaire comme une composante nécessaire à l'épanouissement de soi. Le plaisir gustatif participe à la construction identitaire de l'enfant.

 

Le goûter est-il un moment important pour l'enfant ?

Tout à fait. C'est un moment où les contraintes sont les moins fortes et où l'enfant est largement impliqué dans la décision de ce qui va être mangé. C'est donc un merveilleux levier pour les apprentissages.

 

Et quelle place le plaisir alimentaire a-t-il chez l'adulte ?

Le plaisir alimentaire à l'âge adulte fonde la socialité à plusieurs car souvent partagé : il signe le plaisir d'être ensemble. Par ce mécanisme, il favorise une synchronisation sociale en changeant le rapport au temps : on s'arrête, les urgences peuvent attendre... Comme j'aime souvent dire " le plaisir est une intensification du rapport à soi, au temps, aux autres"

 

Comment parler « juste » du plaisir ?

Aujourd'hui, il nous faut apprendre à parler du plaisir alimentaire. En son temps, le Pr Jean Trémolières en avait déjà pointé l'importance :

« L’alimentation doit non seulement être un objet apportant des nutriments, mais il doit faire plaisir et posséder un prestige, une valeur évocatrice de réconfort. L'homme est probablement consommateur de symboles autant que de nutriments ».

La « scientifisation » de la nutrition a mis le cap sur la physiologie et la biochimie. Le plaisir, sans pour autant disparaître, est passé de ce fait au second plan. Aujourd'hui, le plaisir commence à retrouver une place dans le discours nutritionnel. Il faudra continuer à investir dans la recherche pour bénéficier de données scientifiques sur le rôle du plaisir dans l'alimentation. Alors, nous pourrons l'inscrire comme le suggère Jean Pierre Corbeau, « au programme d'une éducation alimentaire qui réhabilite l'aliment dans son histoire, son itinéraire, ses fonctions symboliques ; qui favorise la verbalisation d'un goût jubilatoire qui participe à la régulation de nos pratiques ».

 

Références bibliographiques :

J.-P. Corbeau, « Nourrir de plaisir », Ocha 2009 –

J.-P. Poulain, « Sociologie de l'obésité », Éditions PUF, 2009

lemangeur-ocha.com, J.-P. Poulain, « Les jeunes seniors et leur alimentation, Représentations, mutations et per­manences »,

 Les cahiers de COCHA n°9 , Paris, 1998, 112 p., ift, bibliogr.

 A. Dupuy et J.-P. Poulain, « Le plaisir dans la socialisation alimentaire », Enfance, 2008, Vol. 60, n° 3, p. 261-270.

Source :

      

 

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