Médiator, la responsabilité du laboratoire Servier


 

 

Le scandale du médiator pose deux questions fondamentales  concernant la responsabilité des professionnels de la santé dans l’utilisation de médicaments ou de méthodes dans le traitement de la maladie qui touche le plus grand nombre de personnes dans le monde : le surpoids et l’obésité

  •  La fiabilité des études d’une molécule à visée thérapeutique visant à montrer son efficacité et son innocuité pour l’homme avant sa commercialisation.
  • Le bon sens et la responsabilité du médecin, dernier maillon de la chaine, prescripteur qui doit garder toute la confiance de son patient.

 

1 La fiabilité des études.

Le protocole,  établi avant la mise sur le marché d’un médicament qui présente une innovation, une avancée, en matière thérapeutique dans les grandes pathologies,  est fiable.

Après sa découverte, ce procole compremd plusieurs phases d’études en amont de la demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM).

  1. Etudes expérimentales in vitro, sur des cultures cellulaires.
  2. Etudes d’efficacité et d’innocuité chez l’animal dont le métabolisme est proche de celui de l’homme (le plus souvent l s’agit de la souris blanche).
  3. Etudes cliniques sur des groupes de volontaires (j’ai personnellement participé à ce type de protocole lorsque j’étais étudiant).

Chacune de ces étapes dure parfois plusieurs années et coutent beaucoup d’argent.

Une fois le dossier complet il doit être soumis à l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS),  voire à l’agence européenne pour l’évaluation des médicaments ( EMEA) si le laboratoire désire commercialiser son médicament dans différents pays européens.

Ces autorités, responsables de la sécurité sanitaire des citoyens, évaluent la qualité, l’innovation et  l’utilité d’un  médicament qui demande cette fameuse AMM en fonction de son effet bénéfique sur la santé et des risques associés, (tout médicament a des effets secondaires) évaluès selon leurs importances et de leurs fréquences d’apparition statistique.

 

On peut citer des AMM célèbres comme :

Le Clamoxyl , que tout le monde connait maintenant sous son nom générique d’amoxicilline, sa découverte a été une avancée considérable dans le traitement antibactérien en général.

L’Avlocardyl, connu maintenant sous le nom générique de propanolol  qui a été une révolution à l’époque dans le traitement de l’hypertension artérielle . Il a été à l’origine d’une classe thérapeutique  bien connue : les béta-bloquants qui sont maintenant légion.

Depuis d’autres classes thérapeutiques pour le traitement de l’hypertension ont vu le jour et ont tous permis d’augmenter l’espérance de vie.

La dernière grande innovation en date concerne le traitement du diabète de type II avec le Januvia des laboratoires Merck,  premier d’une classe thérapeutique : les gliptines qui vont révolutionner le quotidien de ces malades.

Ces inventions pour le bien être de l’individu est incontestable.

Elles sont  issues de la recherche médicale de Laboratoires dont la réputation et la qualité est équivalente à celle de la recherche publique telle le CNRS ou l’INSERM.

Le parcours suivi avant la vente du produit en pharmacie et la prescription par le médecin est irréprochable et ne prête à aucune suspicion.

 

Pourquoi et comment  le Médiator a obtenu et a maintenu son AMM?

En revanche à coté du sérieux de ces grands groupes pharmaceutiques qui œuvrent dans le bon sens, il existe des petits malins, tel le laboratoire Servier,qui utilisent des méthodes « borderline », « pas très catholiques » pour obtenir des AMM pour leurs produits.

Il en est de même pour les petits laboratoires qui commercialisent les fameux compléments alimentaires tels les médicaments anti-cellulites qui eux n’ont même pas besoin d’autorisation de mise sur le marché pour se retrouver sur les rayons des pharmacies et para pharmacies

Ils ont souvent aucune efficacité et  peuvent se révéler dangereux, ne serait ce que par des réactions allergiques.

Les  voies détournées utilisées par le laboratoire Servier relèvent de  la dichotomie dont on peut reprendre la définition donnée par Roger Gallois :

« On s’aperçoit qu’elle y recouvre ou y épouse d’autres partages, d’autres dichotomies : celles de groupes ou de principes également complémentaires et antithétiques dont l’opposition et la collaboration permet le fonctionnement même du groupe social »

 

En d’autres termes les personnes qui ont attribué l’AMM à beaucoup de produits du laboratoire Servier tels l’Arcalion, le Daflon et bien sur le Médiator … sont des personnes qui ont travaillé à un moment ou à un autre pour ce laboratoire.

Alors bien sur ils sont malins : les experts qui ont été favorables à la commercialisation du médiator qui est un « coupe faim anorexigène faible » ont par exemple travaillé sur la mise au point du phébotonique Daflon ou de l’antidépresseur Stablon, également commercialisé par Servier.

Donc la dichotomie n’existe pas, car l’avis de l’expert concerne une molécule commercialisé par Servier sur laquelle il n’est pas intervenu.

Mais dans les faits cet expert a bien travaillé pour Servier et a donné son accord pour un produit commercialisé finalement par son patron.

En ce qui concerne Servier, je me permets une remarque personnelle liée à mon expérience : Lorsque j’étais urgentiste j’ai signé de nombreux certificats de décès liés aux conséquences d’hypoglycémies nocturnes fatales suite à l’utilisation du Diamicron, autre molécule antidiabétique commercialisée par Servier.

 

2 Le bon sens et la responsabilité du médecin.

La responsabilité médicale avec le secret médical sont les deux premières règles de déontologie de notre exercice.

La confiance passe par la crédibilité.

Le patient doit avoir confiance en son médecin pour suivre  ses prescriptions.

En la matière, on ne peut pas dire qu’un médecin peut ignorer que le médiator fait partie de la classe des anorexigènes, légers certes, mais amphétamines quand même.

L’époque glorieuse des amphétamines coupe faim des années 1970 est révolue, enterrée, à tel point que j’ai sur le bout de la langue le plus célèbre d’entre eux mais je crois que je l’ai oublié…

Le médiator est resté dans les habitudes de certains diabétologues ou médecins nutritionnistes et généralistes car faisant confiance au label AMM, beaucoup ne se sont pas méfiés, peut être par inexpérience. N’ayant pas de retours négatifs au sein de leur patientèle, ils ont continués à prescrire ce médicament ancien,  qui pourtant n’apporte rien pour le traitement d’un surpoids.

Cependant un médecin se doit d’être prudent et en cela sa responsabilité pourrait être mise en cause.

Personnellement en 20 années d’exercice de nutrition,  je n’ai jamais prescrit une seule boite de médiator, j’ai même toujours eu pour règle de le supprimer de la liste des médicaments de mes nouveaux patients.

Mais au final, même si certains d’entre nous ont cédé à la tentation de prescrire, par commodité,  un médicament qui ne sert à rien, aucun de nous ne connaissait , ni n'avait été prévenu officiellement des dangers potentiels de ce médicament qui finalement avait acquis une réputation de placebo comme beaucoup de médicaments du laboratoire Servier comme l'Arcalion,le Locabiotal ou le vastarel.

la responsabilité finale revient bien au Laboratoire Servier qui dans un but purement mercantile, a triché pour commercialiser des médicaments dont la fiabilité n’a jamais été établi de manière scientifique.

Conclusion.

La population doit faire confiance aux médicaments issues de la recherche des grands groupes pharmaceutiques tels :  Merck, Sanofi, Bayer, Novartis, Roche, Sandoz, Pfizer et bien d’autres dont les départements de recherche sont souvent l' équivalents des départements de recherche d’état comme le CNRS.

Mais elle doit se méfier de médicaments issus de petits laboratoires (excepté des génériques qui sont la copie conforme des produits inventés par les grands groupes pharmaceutiques).

Car l’effet thérapeutique de ces pseudo médicaments n’est qu’une  chimère : c’est malheureusement très souvent le cas en matière de nutrition.

Le seul traitement du surpoids est de retrouver un équilibre alimentaire, et ni des médicaments, ni des régimes restrictifs ne vous aideront.

Ils ne feront que provoquer des effets secondaires parfois dramatiques ou des maladies liées à un état de carences alimentaires.

Article du Docteur Gilles Demarque

 

P.S

Dans le même ordre d’idée, il faut se méfier de pseudo enquêtes qui peuvent présenter un caractère scientifique et qui n’en ont que très peu.

Actuellement une rumeur circule sur une pseudo étude scientifique danoise visant à décrédibiliser l’aspartame, qui je le maintiens est un bon produit, y compris chez les femmes enceintes.

Très souvent ces études sont commanditées par des concurrents commerciaux du produit incriminé, et en ce qui concerne l’aspartame cela a été souvent le cas par le passé (voir article sur l’aspartame).

Or dernièrement un nouvel édulcorant vient d’être commercialisé : le Stevia.

De là à y voir une causalité, il n'y a qu'un pas... je vous laisse juge.

Pour ma part je me méfierai plus d’un nouveau produit que d’un produit qui a été mis en  vente depuis presque quarante ans  après neuf années d’études expérimentales et cliniques .

L'aspartame a un recul de près d’un demi-siècle d'utilisation.

 

 

 

 

Partager cette page