La perception de soi


 

 


La pression exercée par le corps social en faveur de la minceur confine dans les pays occidentaux à la tyrannie. Pour les féministes, les choses sont claires : cette obligation faite à la femme de se conformer à un certain modèle corporel, obligation relayée par les médias, est responsable du développement de la boulimie, voire de l'obésité. Or, même si le sexe féminin semble plus particulièrement visé, la pression sur les individus mâles va en s'accentuant. Hommes et femmes.

 

 

Les standards corporels

 

D'un pays à l'autre, d'une classe sociale à l'autre, d'une époque à l'autre, ce ne sont jamais les mêmes standards corporels qui sont prônés.

 

La pression sociale


La pression sociale actuelle est en faveur de la minceur. L’industrialisation et la production de masse conduisent à une standardisation des corps, à une intolérance pour les "gabarits" non prévus et donc gênants. Dans l'industrie du vêtement, les individus non conformes aux tailles standard, considérés comme des gêneurs plutôt que comme des clients potentiels, se voient rejetés et dirigés vers des magasins "ghettos". Les sièges d'avion, d'automobiles, d'autobus, de métro, de théâtre, ou de cinéma sont tout aussi standardisés.

 

Appartenir à l'élite


Pour éviter le rejet par le corps social, pour plaire aux autres, pour réussir sa vie professionnelle et affective, pour être jugé digne d'appartenir à l'élite sociale, il est donc impératif de se conformer aux canons de la beauté du lieu et du moment. La minceur se mérite, exige des efforts. Ainsi, dans les familles aisées, la consommation est, en valeur calorique, plus faible que dans les familles de plus bas niveau socio-économique.

 


Influence socio-économique


De fait, les personnes de statut socio-économique élevé, plus riches, plus cultivées, ont toutes facilités pour accéder aux connaissances diététiques et acheter des aliments pauvres en calories, souvent onéreux. Disponibles, elles se livrent plus souvent aux joies du sport et de la culture physique. Bref, c'est en y consacrant du temps, de l'argent, et, souvent, beaucoup d'énergie, que les riches parviennent à garder la ligne.

 

 

L'image du corps

 

 

De multiples facteurs


Pourtant, il ne suffit pas d'être riche pour être svelte. Pour des raisons qui tiennent de la génétique, de la biologie, de la psychologie, des structures familiales, dans des proportions qui varient d'un individu à l'autre, ce qui est naturel pour certains se révèle particulièrement ardu pour d'autres.

 

  • Les restrictions alimentaires que s'imposent les candidats à la minceur ne vont pas sans quelques fâcheuses conséquences : une bonne part des difficultés des obèses trouve leur origine dans l'alternance de privations et d'excès.

 

  • Sur le plan métabolique, les effets conjugués de ce poids en "yoyo" ont pour conséquence d'installer une obésité récalcitrante.

 

  • Sur le plan psychologique, l'état de restriction cognitive dans lequel vivent les obèses contribue à entretenir cette obésité. En outre, le fait de tendre intensément vers un but, de se battre pour l'atteindre puis d'échouer à chaque fois , renforce l'obésité. Enfin, être gros dans un monde où tout est fait pour les minces déstructure l'image du corps et la personnalité dans son entier.

 


L'emprise du corps social

 

L'emprise du corps social sur l'image que chacun a de lui-même, sur le jugement qu'il formule à son endroit, sur l'amour qu'il se porte, est fondamentale. Par sa simple présence, l'autre modifie l'image que nous avons de nous-mêmes. Le concept d'image du corps permet de préciser les relations que chacun entretient avec son corps, ainsi que l'influence du corps social sur ce que nous avons de plus intime.

 

 

L'image inconsciente du corps

 



Qu'est ce que l'image du corps ?


L'image de notre corps est l'image que nous nous en formons dans notre esprit. Nous avons tous des représentations mentales de notre corps, qui ne correspondent pas forcément à notre corps réel. Ainsi, il peut exister des dysmorphophobies, par exemple,  l'anorexique qui n'ayant que la peau et les os continue à se percevoir trop gros...

 

 

L'image inconsciente du corps, les grandes lignes

 

Quant à l'image inconsciente de notre corps, elle est une sensation qui perdure, et qui trouve son origine dans l'enfance.

L'image inconsciente du corps est l'ensemble des toutes premières impressions gravées dans le psychisme infantile par les sensations corporelles qu'un bébé, voire un fœtus, éprouve au contact de sa mère, au contact charnel, affectif, et symbolique avec sa mère.

Des sensations qui ont été éprouvées par le petit avant la maîtrise complète de la parole et avant la découverte de son image dans le miroir c'est-à-dire avant trois ans. Il y aurait trois composantes de l'image inconsciente du corps (Dolto) : l'image de base, l'image fonctionnelle, et l'image érogène.

 


L'image de base


L'image de base est celle qui assure à l'enfant sans qu'il y pense, la certitude que son corps est porté et qu'il repose dans les bras qui le portent ou sur le sol ferme qui le supporte.
Et si nous pensons à la période de gestation, l'image de base est encore celle qui communique au fœtus l'impression qu'il baigne dans un liquide amniotique dense et protecteur. Quelques années plus tard, l'image de base peut par exemple être le refuge d'un enfant angoissé qui se replie dans son corps pour se sentir en sécurité.

 


L'image fonctionnelle


Alors que l'image de base est l'image du ressenti d'un corps paisible et bien lesté, l'image fonctionnelle est, au contraire, l'image du ressenti d'un corps intérieurement grouillant, tout entier avide de satisfaire ses besoins et ses désirs. Un corps à l'affût d'objets concrets pour assouvir ses besoins (le lait par exemple), et à la recherche d'objets imaginaires et symboliques pour satisfaire ses désirs (l'odeur de la mère). Françoise Dolto distingue d'une part, les objets concrets et substantiels, tels la nourriture et les excréments qui interviennent dans le contact corps-à-corps entre l'enfant et la mère, et, d'autre part, les objets subtils, perceptibles à distance, tels un regard tendre, le timbre d'une voix ou l'odeur fine et suave d'une peau.

 


L'image érogène


L'image érogène, quant à elle, est l'image d'un corps ressenti comme un orifice se contractant et se dilatant de plaisir. Au moment de téter, l'enfant ressent tout son corps comme une bouche, et au moment d'évacuer comme un anus.



  • La construction de l'inconscient

 

Deux conditions pour qu'une sensation devienne constitutive de l'inconscient. Cela étant, une question se pose : que faut-il pour qu'une sensation soit conservée dans l'inconscient en tant qu'image ? Plus exactement à quelles conditions les sensations qui donnent au bébé l'impression que son corps est une base, une masse fonctionnelle et un orifice érogène vont-elles perdurer à l'âge adulte ? Pour qu'une sensation imprime son image et devienne ainsi constitutive de l'inconscient, il faut impérativement que cette sensation émane du corps lorsque le bébé est en état de désir, c'est-à-dire en quête du corps de sa mère pour y trouver du plaisir, en quête de sa présence pour y trouver de la présence. La mère, quant à elle, doit aussi être animée par le désir de partager un moment de sensualité, d'affection et d'échange symbolique avec son enfant. Si elle est portée par ce désir, convaincue que son compagnon l'aime en tant que mère et surtout en tant que femme, assurément sa présence s'installera dans l'esprit de l'enfant.

La mère désirée et désirante devient une mère que l'enfant peut intérioriser. Ce qui signifie que la mère colore de sa présence chaque expression de son enfant au point de pouvoir s'absenter momentanément sans lui manquer. Et comment y parvient-elle ? En anticipant les attentes de son nouveau-né et donnant sens à toutes les productions qu'il lui adresse — sourire, regards, mouvements corporels, pleurs, cris, fèces ou rots —. Donner sens signifie qu'elle accueille chacune des productions de son bébé comme des messages d'amour, de rejet, de désir ou d'angoisse.

 

  • Les variations rythmées restent.


Ce qui compte et qui restera inscrit en images, ce sont les variations rythmées de l'échange sensoriel et sensuel entre deux présences qui s'accordent souvent et se désaccordent quelquefois. Ce qui fait image et restera inscrit dans la mémoire inconsciente de l'enfant, ce n'est pas la caresse réelle de la mère, ce n'est pas de se sentir caressé ni de sentir en lui-même le plaisir de la mère à le caresser, non, ce qui est inscrit et perdure dans l'inconscient, c'est la perception des temps forts et des temps faibles de l'intensité de leur contact charnel.



L'image spéculaire


A trois ans, d'après Dolto, l'enfant a accès à l'image spéculaire. L'enfant réaliserait à ce moment-là que l'image qu'il donne à voir aux autres est son image du miroir, et que cette image n'est pas lui, que les autres n'accèdent à lui que par ce qu'il donne à voir. Du coup, il privilégie les apparences et néglige les sensations internes. Désormais, l'image du corps vu prendra le dessus sur le corps vécu. C'est donc à partir de trois ans, et durant toute notre existence, que l'image du corps vu s'imposera sans cesse dans la conscience tandis que les images du corps vécu domineront dans l'inconscient.

 

L'image du corps vu


L'image du corps vu est l'image que nous nous en formons dans notre esprit de notre propre corps. A chaque minute de notre vie, nous faisons l'expérience de notre propre corps et nous nous le représentons. Cette image du corps est inséparable de notre être au monde, de nos perceptions directes ou indirectes de nous-mêmes, et de tout ce qui nous entoure. L'image du corps est tout aussi inséparable de l'amour que nous nous portons, que nous portons aux autres, ainsi que des relations que nous entretenons avec nos semblables. Tout ce qui altère notre image du corps nous altère en profondeur, nous touche au cœur de notre être.

 


Affectivité


Nous ne sommes pas seulement des êtres perceptifs et actifs mais aussi, et avant tout, des êtres doués d'affectivité. Et nos émotions les plus fortes se rapportent à notre corps. Il est objet d'amour, mais peut aussi se transformer en objet de haine s'il nous déçoit, s'il n'est pas conforme à nos attentes, si le décalage entre le corps que nous aimerions avoir et le corps véritable est trop important.
Nous n'aimons pas, ou ne haïssons pas seulement la globalité de notre corps. Nous investissons aussi affectivement,  certaines parties plus que d'autres. Ce que Freud a appelé libido — force pulsionnelle érogène déterminant notre degré d'attachement — se centre, toujours selon Freud, sur les orifices de notre corps. Pour certains, ce sera la bouche, pour d'autres l'anus, pour d'autres encore les zones génitales. En fait, toute zone corporelle peut être libidinalement surinvestie : on parle aujourd'hui de « cartes des zones érogènes », fluctuantes selon les individus.
Ainsi, notre affectivité donne leur coloration aux différentes parties de notre corps, en modifie la valeur relative et la netteté avec lesquelles nous les ressentons. Certaines parties de notre corps, que nous aimons, sont ressenties plus intensément. D'autres zones qui nous déplaisent, peuvent se trouver comme gommées. Lorsque c'est la totalité de notre corps que nous n'aimons pas, notre image du corps est alors floue, fantomatique.


Troubles de la conscience de la corpulence


Le mieux connu des troubles de la conscience de la corpulence est la négation de l'anorexique, la manière vigoureuse dont il prend partie pour son corps qu'il ne voit pas trop mince, mais juste ce qu'il faut, normal.
L’une des premières conditions à réaliser pour se guérir d'une anorexie mentale est de conceptualiser de façon réaliste l'image du corps.
Par contraste, les personnes fortes varient beaucoup plus dans les façons dont elles se perçoivent. Il semble que les personnes qui sont devenues obèses à l'âge adulte, plutôt que dans leur petite enfance, ont une perception plus réaliste que celles qui ont souffert de tout temps de l'obésité. Le défaut de perception de l'obésité dans l'enfance s'étend même à la mère.

 

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