Sevrage tabagique. Comment limiter la prise de poids?


 

 

 

Le tabagisme est un facteur de risque cardiovasculaire reconnu : il est donc essentiel d'aider les patients à arrêter de fumer.

Néanmoins, le sevrage tabagique se révèle souvent fastidieux, et la prise de poids après l'arrêt du tabac constitue notamment une des difficultés à  surmonter.

 Elle est d'autant plus importante à surveiller et à accompagner que le périmètre abdominal (lié à la prise de poids) se trouve être lui aussi un facteur de risque cardio-vasculaire.

 

Pourquoi arrêter de fumer ?

Il y a de réels bénéfices à arrêter de fumer et il est nécessaire de les rappeler régulièrement à la personne en sevrage tabagique, en particulier si la prise de poids la démotive.

 L'espérance de vie d'un fumeur est globalement 10 à 20 ans moins longue que celle d'un non-fumeur. On observe d'ailleurs que l'espérance de vie augmente après l'arrêt du tabac.

Selon une étude du département Population and International Health de l'École de santé publique d'Harvard (Boston), on estime à 4,83 millions le nombre de décès attribués au tabagisme, survenus au cours de l'année 2000, dans le monde.

L'étude indique trois causes principales de décès des fumeurs :

  • les maladies cardio-vasculaires ;
  • la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ;
  • le cancer du poumon.

Or, en arrêtant de fumer on diminue de deux à trois fois le risque de mortalité cardio-vasculaire à long terme .

 

Le tabagisme, facteur de risque direct et indirect

Le tabagisme est un facteur de risque cardiovasculaire direct et indirect.

Il augmente le risque d'altérations du métabolisme du glucose (intolérance au glucose, diabète de type 2) qui, à son tour, augmente indirectement le risque cardio-vasculaire.
Les études récentes montrent également que le périmètre abdominal est plus élevé chez les fumeurs que chez les non-fumeurs, malgré un indice de masse corporelle (IMC) plus bas", souligne le Dr Ivan Berlin.

Or, l'augmentation du périmètre abdominal est aussi un facteur de risque cardio-vasculaire.

On comprend alors que si le sevrage s'accompagne d'une prise de poids, on pourra observer des augmentations de l'IMC et du périmètre abdominal qui risquent, potentiellement, de mettre en péril les "avantages cardio-vasculaires" liés au sevrage.

Ces augmentations seront d'autant plus "dangereuses" que le périmètre abdominal est déjà élevé chez le fumeur avant le sevrage...

"Il est donc essentiel que non seulement le poids, mais aussi le périmètre abdominal soit mesuré à chaque consultation", insiste le Dr Berlin.

 

L'impact de la prise de poids

Quel est, en définitive, l'impact de l'arrêt du tabac si on prend du poids ?

Est-ce que la prise de poids modifie le gain en espérance de vie d'un fumeur devenu non-fumeur ?

« Nous ne savons pas vraiment répondre à ces questions aujourd'hui, car il n'existe pas d'étude. »

Les cohortes à suivre seraient importantes et les périodes de suivi devraient s'étaler sur plusieurs années ce qui rend la réalisation de ces études particulièrement difficile", poursuit le Dr Ivan Berlin.

Néanmoins, un des bénéfices de l'arrêt du tabac est lié à la fonction pulmonaire (souffle retrouvé) : ce bénéfice peut être malheureusement atténué par la prise de poids. "Il faut donc surveiller la prise de poids et intervenir par principe, car on peut s'attendre à ce qu'elle ait un impact négatif contrebalançant les bénéfices évidents du sevrage tabagique".

*La prise de poids est en moyenne de 2 kg chez les hommes et 3,1 kg chez les femmes, durant la première année du sevrage.

Une personne sur trois prend 10 kg dans les cinq ans qui suivent.

Au pire, on note plus de 13 kg supplémentaires chez 10 % des hommes arrêtant de fumer, et chez 13 % des femmes ex-fumeuses

*Source : First National Health and Nutrition Examination Survey (1971-1975 et 1982-1984),

Certains profils de patients et de consommation semblent toutefois plus disposés à une prise de poids plus importante.

C'est le cas, notamment :

  • des patients dont la consommation était supérieure à 15 cigarettes par jour avant l'arrêt ;
  • des patients âgés de moins de 55 ans au moment de l'arrêt ;
  • des patients pratiquant un faible niveau d'activité physique ;
  • des patientes ayant eu plusieurs grossesses avant l'arrêt du tabac.

 

Pourquoi prend-on du poids ?

Pour savoir si la prise de poids est inéluctable et sur quel levier agir pour l'éviter, il faut connaître les phénomènes qui l'expliquent.

D'abord, la cigarette augmente les dépenses énergétiques de 10 à 12 %, soit 200 à 500 kcal brûlées en plus chaque jour par rapport aux non-fumeurs.

Ensuite, la nicotine, seule ou associée à d'autres substances, a un effet coupe-faim. À l'arrêt de la consommation tabagique, cet effet disparaît, ce qui expliquerait l'augmentation de l'appétit à l'arrêt du tabac.

De plus, comme l'explique le Dr Berlin, certains ex-fumeurs développent une préférence pour les aliments sucrés : "Les aliments au goût sucré constituent un renforçateur positif et peuvent se substituer au plaisir de fumer.

Il faut savoir que la palatabilité du sucré est nettement augmentée quand le sucre est mélangé avec des produits à fort contenu en lipides : comme le beurre dans les pâtisseries, par exemple. Les ex-fumeurs vont donc chercher des plaisirs gustatifs dont l'apport calorique accru favorisera la prise de poids..."

À quel niveau intervenir ?

L'accompagnement du patient est double et comprend à la fois une aide au sevrage tabagique et une aide contre la prise de poids.

 Une étude récente liste d'ailleurs les interventions envisageables et plus ou moins efficaces pour limiter cette prise de poids au premier rang desquelles on trouve les thérapies comportementales et l'exercice physique.

  • La thérapie comportementale

Ces thérapies, souvent en groupe et animées par une personne formée, donnent des moyens comportementaux pour affronter les situations de manque.

Des conseils diététiques s'ajoutent, mais "les patients savent déjà qu'il vaut mieux croquer dans une pomme que dans une pâtisserie, ils ont surtout besoin d'être accompagnés", souligne le Dr Berlin.

  • La thérapie interpersonnelle

Il s'agit d'une aide psychologique individuelle entre un soignant et un patient.

Il peut être justifié, en plus, d'adresser le patient à un diététicien pour diminuer ses apports caloriques mais, comme précédemment, les conseils diététiques seuls fonctionnent rarement, il faut donner des moyens comportementaux aux patients pour faire face aux fortes envies de manger

 

C'est un moyen de compenser la dépense énergétique dont le fumeur bénéficiait auparavant avec la cigarette. Même la marche à pied convient, mais "la régularité est indispensable en matière d'activité physique", insiste le Dr Ivan Berlin. "Les bénéfices de l'exercice apparaissent seulement à moyen terme : à un an. Il faut donc persister et lutter contre le risque de compensation : les personnes ont tendance à avoir faim et manger beaucoup après l'effort. Après avoir atteint un certain niveau d'entraînement, ce phénomène de compensation se calme."

Le message des professionnels de santé doit être : "incorporez des exercices physiques réguliers dans votre train de vie habituel". 

  • Les traitements médicamenteux.
  1. Les substituts nicotiniques  (patchs) freinent légèrement la prise de poids, mais leur effet en la matière est très faible.
  2.  Le Zyban (bupropion) est un inhibiteur sélectif de la recapture neuronale des catécholamines, ce qui lui confère des propriétés d'antidépresseur. Il aide à arrêter de fumer par un mécanisme inconnu et réduit un peu la prise de poids.
  3. Le Champix (varénicline) semble ne pas avoir un effet sur la prise de poids. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ne sont pas efficaces pour favoriser l'arrêt tabagique, mais "s'il y a une baisse d'humeur à l'arrêt du tabac, le choix du traitement doit plutôt s'orienter vers un ISRS. Ils ont la propriété de diminuer un peu le poids, surtout au début du traitement. Cela peut être une aide au début du sevrage".

 

Extrait de l’article de Aurélien Coustillac, journaliste scientifique, Paris. En collaboration avec le Dr Ivan Berlin, pharmacologue, hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris.

  

L’avis du nutritionniste.

  

Que ce soit le motif premier de la consultation, ou bien que nous retrouvions ce facteur dans l’historique de la prise de poids ;  nous sommes confrontés quotidiennement à la prise de poids liée au sevrage tabagique.

 

Prise de poids au sevrage tabagique : Trois types de patients.

  • Typiquement la jeune femme de la vingtaine qui connait l’effet prise de poids et qui préventivement vient consulter pour avoir un accompagnement afin de ne pas changer de silhouette. La motivation est souvent d’ordre esthétique, elle est de mon point de vue justifiée car elle permet à la patiente de conserver l’image qui lui convient, ce qui évitera par la suite un déséquilibre comportemental qui serait plus compliqué à traiter ; par ailleurs ces consultations finalement éducatives lui apporteront une meilleure appréhension d’une alimentation équilibrée adaptative à son mode de vie.

 

  • Sevrage tabagique, facteur aggravant de la prise de poids

Lors de l’interrogatoire d’un patient qui vient consulter pour une prise de poids importante , par exemple au cours d’une grossesse, on retrouve  un ou plusieurs essais de sevrage tabagique souvent concomitant au facteur déclenchant.

Il est de plus en plus fréquent de voir des jeunes femmes qui arrêtent brutalement leur intoxication tabagique en début de grossesse, mes statistiques personnelles montrent qu’elles ont toutes une prise  de poids supérieure à la norme, atteignant parfois plus de vingt kilos !

S’il est préférable de ne pas fumer (comme de ne pas boire d’alcool) durant une grossesse, je conseille aux femmes qui ont le désir d’avoir un enfant d’entamer un sevrage tabagique bien avant le début de cette dernière.

Je pourrai multiplier les exemples de l’impact du sevrage tabagique comme cofacteur de prise de poids

  1. Changement de situation personnelle
  2. Changement de situation professionnelle
  3. Mise en place de traitement médicamenteux psychotrope, hormonaux, antihypertenseurs…

 

  • Prise de poids à la suite d’un sevrage tabagique

 Nous avons vu tout au long de ces deux articles que la prise de poids lors d’un sevrage tabagique est quasi inéluctable ;

Que les bienfaits de l’arrêt du tabac sont altérés par le passage dans le surpoids voire dans l’obésité et surtout par l’augmentation du périmètre abdominal ( augmentation des risques cardiovasculaires  pour un PO supérieur à 80cm pour les femmes et 94 cm pour les hommes)
le nutritionniste concentre bien sûr une patientèle ayant une prise de poids exceptionnelle à la suite d’un sevrage tabagique seul.

Effectivement, nous voyons des prises de poids de plus de 10 kg voire même plus de vingt kilos !

Je ne reviendrai pas sur la genèse de cette prise de poids qu’Aurelien Coustillac a fort bien décrite de façon claire et succincte.

Le message que je voudrai faire au travers de cet article est que toute personne qui décide  un sevrage tabagique devrait consulter un nutritionniste, professionnel de santé indispensable au succès de son  entreprise.

 

article écrit par le docteur Gilles Demarque

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