Régimes et religions
Si Dieu existe, n’est-il-pas Nutritionniste ?
A travers les ouvrages sacrés, chaque religion a élaboré ses propres tabous alimentaires.
Dans l’Ancien Testament, à cause de leur impureté, l’ensemble des mammifères dépourvus de sabots fendus et ne ruminant pas est défendu aux juifs. La tradition juive rejette également les crustacés, les fruits de mer ou encore le fait de prendre au cours d’un même repas des matières lactées avec de la viande. De son coté le Coran défend entre autres la consommation de porc et de cheval. Si les Evangiles mettent un terme aux usages rituels de l’ancien testament, l’Eglise impose la pratique de jeûnes, notion que l’on retrouve dans toutes les religions.
Au sein des courants orientaux, la vache est élevé au rang d’animal sacré et sa consommation est strictement interdite à la caste des brahmanes, comme d’ailleurs la plupart des autres animaux. En Inde, le Jaïnisme, courant dissident, opposé à la domination religieuse brahmanique, connaît un nombre considérable de restrictions. Au delà de la proscription de toute chair animale, des règles draconiennes de pureté rituelle concernent les ingrédients, le cuisinier, les ustensiles de cuisine, l’hygiène et le lieu du repas, certaines formes d’ascèse peuvent conduire le religieux à se laisser mourir de faim. Le Bouddha de son coté autorise la consommation de bétail mais interdit celle de cheval.
En dépit de divergences indiscutables entre les différentes approches laïque et religieuse, économique et morale, la logique de l’industrialisation ne partage- t-elle pas avec ces législations sacrées des motivations communes ?
Les récentes crises alimentaires, pour ne s’en tenir qu’à la maladie de la vache folle ont ébranlé nos certitudes, ravivant des peurs que l’on croyait disparues, à jamais enfouies dans un passé archaïque, révolu, que les progrès de l’industrialisation avaient permis de dépasser.
Au delà de ces crises des signes évidents d’un divorce entre l’homme et ce qu’il mange se sont fait jour en dépit de toutes les garanties sanitaires, de la prolifération des labels de qualités et du crédit dont continuent à jouir les marques.
Le consommateur n’a plus vraiment foi en ce qu’il mange. Or personne ne peut se nourrir sans croire presque religieusement aux vertus ou tout du moins à l’innocuité de ce qu’il ingurgite.
De ce point de vue le renforcement de la sécurité alimentaire est symptomatique d’une crise de confiance. Personne ne sait avec certitude ce qu’il mange Reconnaître ce que l’on mange, c’est être à même d’en déchiffrer la plupart des propriétés . Les produits transformés, conditionnés masquent la somme des étapes indispensables à leur production. Ce qui les rend troubles nébuleux, opaques et donc inquiétants. Comme l'‘élaboration du produit échappe à notre clairvoyance, une question si banale à première vue resurgit avec insistance : Que mangeons nous ?
Il faut toutefois se garder de sombrer dans ce genre d’obscurantisme en vertu duquel tous les produits industrialisés seraient les signes tragiques d’un déclin au regard d’une pureté alimentaire naturelle ou religieuse perdue .Signalé par l’invasion croissante « des produits » du terroir le renouveau de la nature et de la tradition dispense aujourd’hui un florilège d’évocations nostalgiques.
Au lieu de se laisser abuser par les vertus d’une alimentation naturelle, les religions s’en écartent en préférant la loi et le rite à la nature, l’abatage rituel à la mort naturelle. La nécessité de jeûner, de connaître des abstinences, de ranger les espèces selon des critères déterminés pour n’en conserver qu’une faible quantité indique que la simple possibilité de se nourrir ne va jamais de soi.
Que s’imagine le fidèle en absorbant des nourritures que la providence lui accorde ?
A défaut de réduire les risques sanitaires il répond à ses propres craintes alimentaires.
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